CAS CLINIQUE - MENOPAUSE
Proposé par Alain TAMBORINI
PATIENTE DE 53 ANS
MENOPAUSEE DEPUIS 2 ANS
MOTIF DE CONSULTATION:
A lu un article sur l'intérêt du traitement hormonal de la ménopause.
Vient pour avis. N'a jamais eu de bouffées de chaleur. Ne se plaint de rien.
PAS D'ANTECEDENT PARTICULIER
N'A PAS CONSULTE DEPUIS L'AGE DE 45 ANS
EXAMEN CLINIQUE:
- 60 kg pour 1,65m (a pris 7 kg depuis 4 ans et craint une nouvelle prise de poids si elle suit un traitement hormonal)
- TA: 13/7
- Examen gynécologique normal. Le vagin est trophique et la patiente ne se plaint pas de sécheresse lors des rapports sexuels.
COMMENTAIRES
La diffusion médiatique
d'informations médicales en général et sur la
prise en charge de la ménopause en particulier amène à consulter un certain
nombre de patientes qui n'auraient jamais consulter pour cela. Il faut saisir
cette opportunité pour compléter et personnaliser l'information, faire un
bilan, pratiquer des examens de dépistage et, éventuellement, proposer un THS.
Si la décision de se traiter reste une décision, un choix individuel et pas une
obligation, toutes les femmes, arrivées à la ménopause, devraient bénéficier
d'un bilan afin de pouvoir exercer ce choix en toute connaissance de cause,
conseillées par leur médecin.
L'absence de troubles
climatériques et en particulier de bouffées de
chaleur, concerne environ une femme sur 4. Il peut exister aussi des symptômes,
comme des troubles de la continence urinaire, dans lesquels la carence
estrogénique peut avoir un rôle et que la patiente n'attribue pas spontanément
à la ménopause.
La sécheresse vaginale. Dans le cas présent, 2 ans après la ménopause, il
n'y a pas (ou pas encore) de sécheresse vaginale: cela est fréquent. En effet,
il existe une certaine inégalité devant la sécheresse vaginale: certaines
femmes ne ressentiront pas de sécheresse plusieurs années après la ménopause
tandis que d'autres seront gênées dès les premières périodes d'insuffisance
estrogénique de la périménopause. La sécheresse vaginale, même ancienne, se
traite très bien, chez une femme motivée, avec un THS et/ou avec un traitement
estrogénique local (crème + ovules) qui peut toujours lui être associé. Il ne
faut pas confondre sécheresse vaginale et défaut de lubrification vaginale
pendant les rapports qui peut avoir de multiples causes (baisse de libido,
problèmes personnels, contentieux conjugal souvent fort ancien…). Souvent, la
prescription d'un lubrifiant (TRY, Taïdo, Sensilub, Premitia) pendant les
relations sexuelles peut constituer un précieux appoint.
Le poids. Soumises à d'importantes pressions socioculturelles, toutes nos
patientes sont attentives à leur poids et leur silhouette et ont, pour la
plupart, un haut niveau de préoccupation et d'exigence concernant leur aspect
physique. Il faut aussi avoir à l'esprit que les normes médicales sont
différentes des modèles proposés par la société, inaccessibles pour la
quasi-totalité des femmes, a fortiori ménopausées. En effet, un index corporel
(poids/taille2) médicalement normal est situé entre 20 et 25, soit un poids de
54,400 kg à 68 kg pour une femme de
1,65 m. Donc dans le cas clinique, la patiente a un IMC médicalement normal
mais ne l'accepte pas . La prise de poids aux
alentours de la ménopause, dans la décennie 45-55 ans concernent environ 4
femmes sur 5. Cette prise de poids s'accompagne d'importantes modifications de
la silhouette car elle est inhomogène, essentiellement abdominale. Il existe en
effet une redistribution de la masse corporelle au profit des graisses
abdominales et on sait que l'augmentation du rapport taille/hanche est un
facteur de risque cardiovasculaire. La prise de poids de + 7 kg, rapportée par
la patiente est fréquente à cette période de la vie féminine. On peut penser
que si cette patiente avait été traitée dès la ménopause, elle aurait
probablement attribué ses kilos supplémentaires au THS et contribué à alimenter
la mauvaise réputation injustifiée des traitements hormonaux concernant la
prise de poids. En effet, il faut insister sur le fait qu'un THS, bien conduit,
sans symptômes de surdosage estrogénique, ne doit pas entraîner de prise de
poids ou aggraver la prise de poids habituelle à cet âge.
CONDUITE PRATIQUE
Donner
des informations sur la ménopause et son traitement.
Faire
un bilan et prescrire des examens de dépistage (frottis, mammographie).
Demander
une ostéodensitométrie par absorptiométrie biphotonique aux rayons X pour
évaluer le capital osseux et rechercher un éventuel risque d'ostéoporose. Cet examen est considéré
comme permettant la meilleure appréciation du risque individuel.
L'OMS
a proposé 4 catégories diagnostiques suivant les résultats de la densité
minérale osseuse (DMO):
°
normales: valeur de DMO différant de moins d'un écart-type de la moyenne de
référence de l'adulte jeune (T-score).
°
ostéopénie: valeur de DMO située entre moins un écart-type et moins 2,5
écarts-types du T score.
°
ostéoporose: valeur de DMO située en dessous de 2,5 écarts-types du T score.
°
ostéoporose grave ou confirmée: valeur de DMO située en dessous de 2,5
écarts-types coexistant avec une ou plusieurs fractures.
Revoir
la patiente avec son bilan. S'il existe un risque osseux ou à long terme
particulier: instaurer un THS. Même s'il n'y a pas de risque osseux ou à long
terme particulier, on peut conseiller un THS pour améliorer les paramètres de
la qualité de vie, préserver la trophicité vaginale et la sexualité, éviter
d'autres complications de la carence estrogénique. Cependant, si la patiente
est peu motivée, elle risque de percevoir surtout les contraintes du
traitement. On peut alors, dans un premier temps, s'abstenir en sachant
qu'aucune décision n'étant irréversible, il sera toujours possible
d'entreprendre un THS plus tard. Essayer d'imposer un THS à une patiente
réticente serait vain: il ne serait pas suivi. "Mieux vaut convaincre que
contraindre"
Dans
tous les cas, donner des conseils d'hygiène de vie et alimentaires et insister
sur la nécessité d'un suivi régulier systématique de dépistage (examen clinique
général, gynécologique et mammaire, frottis, mammographie) qui permettra de
reposer régulièrement le problème de l'instauration du THS.